ARLES. Après midi du dimanche 16 avril.
Soleil.
Grande entrée certes mais loin du plein vespéral de la veille. Allégresse commune, plaisir de l’attente : pas de doute, on allait voir ce qu’on allait voir lors de ce point fort des taureaux de Pâques en Arles .
La sortie, hélas ! Les efforts de Talavante, ceux du ressuscité Joubert ne purent effacer le souvenir d’un Enrique Ponce souvent atone, comme subissant la fatalité d’un mauvais tirage au sort. Le géant albatros s’empêtrant dans ses ailes repliées et l’interminable ovation post paseo était oubliée, diluée.
Les taureaux hélas, certes mais qui donc les veut, les exige ces taureaux là qui considèrent comme infamante la fréquentation d’un cheval, ces sortes de taureaux vite dégonflés de leur fatuité. Certes le premier se brisa une main sitôt le premier blocage des antérieurs, certes le cinquième se plaignit aussi de rhumatismes antérieurs mais voilà, c’est ça, exactement ça, notre société qui veut ça : paraître au lieu d’être, eh bien figurez vous que les taureaux aussi veulent ressembler à des taureaux mais ils n’en ont pas l’esprit, et sans esprit personne ne peut-être autre chose que rien. Ah ! Combien d’entre nous regrettèrent les novillos matutinaux !
Enrique Ponce. Sang et or. Estocade : silence. Media estocada, deux descabellos. : saluts. Un quite par chicuelinas du meilleur effet en compagnie du premier. Le Valencien fit montre de la liturgie qui le caractérisent, offrit partie de son répertoire dont les doblones pendule qui régalèrent certes mais le torero redevenu l’homme se plut à distance , comme détaché. Etrange sensation.
Alejandro Talavante. Sang et or. Recibir, avis, descabello : oreille. Trois pinchazos, avis, estocade: silence. S’il tenta ce qu’il put lors de sa seconde prestation , tentant de convaincre, d’économiser un semi-invalide il justifia sa renommée face à Pirate son adversaire de départ. Une série de 10 muletazos à genoux suivie d’un lot de naturelles souleva l’enthousiasme, poursuivi alors que comme oublieux de son enveloppe charnelle il donnait un récital allègre de naturelles de face.
Thomas Joubert. Carmin et or. Pinchazo, estocade tendue, avis descabello : oreille. Avis, recibir, demi estocade : oreille.
Il ne les a pas volés ses trophées cet enfant du pays qui ne ressembla jamais tant à Manolete ce maestro à qui les deux férias arlésiennes sont dédiées : Thomas est une sorte d’image résurrectionnelle mais il ne copie pas. Il va, avance en piste impavide comme si ce qui se passe là ne le concernait pas, comme s’il s’agissait là d’un film qui se déroule sous sa baguette, inexorables les choses vont comme sa propre intégrité physique ne lui importait pas, comme si la faena n’était jamais qu’une aventure dramatique entre deux protagonistes, alors que l’un va lorsque l’autre attend, avant que les rôles ne s’inversent …alors c’est comme si le taureau lassé se cassait, offrait son âme animale en une ultime tentative. Vaine.
PS.
Chacun aura bien compris qu’à mon incompétence relative mais reconnue analyser en plus le toreo de Tomasito m’est difficile. Pour me racheter voici un extrait de la reseña de Paquito dans la célèbre revue Toros. Toulouse 11/10 …1953.
« Après la mort du dernier Domecq, alors que le mayoral et Carlos Corpas en finissaient avec leur tour de piste les gradins se fracassaient les mains à applaudir… »Résultats 30 piques , trois chutes monumentales . »
Barretina (revue Toril d’avant-guerre) le 12 juillet, s’adressait à l’empresa de Toulouse :
« Laissez les grandes coquettes du toreo qui font des chichis, des caprices, montrent des exigences exagérées, font couper les cornes des taureaux qu’ils acceptent de toréer se moquant éperdument des publics… Engagez des jeunes ou des modestes qui ont fait les preuves de leur conscience : ceci permettra d’abaisser le prix des places, de mieux défendre les droits du public, le client. Vous verrez le public reprendre en masse le chemin des arènes… »
C’était voilà 55 ans ! Rien n’est certain mais ça fait du bien de rajeunir !
Jean Claude Lorant-Raze









